Ein V8 de 600 dans une caisse de 300 ? Was ?! Voilà sans doute comment a réagi le directoire de Daimler-Benz quand leur a été présenté le concept. Erich Waxenberger, ingénieur passionné de compét’, avait réalisé dans l’ombre l’improbable greffe.
Cette Benz aux perfs de ouf inventait une nouvelle race de Mercedes. Les 450 SEL 6.9, 500E et S63 AMG actuelles peuvent lui dire merci.

Textes : Michel Tona – Photos : archives Daimler et personnelles Gilles Baillon – Photos : Daimler AG

Surnommé « Wax » par ses collègues (voir Étoiles Passion #41), le bouillonnant trentenaire n’a que moyennement apprécié de se faire traiter de « vieux » par le rédac’ chef d’Auto Motor und Sport. Pour le journaliste, une frange de la clientèle de Mercedes se lassait des « Benz de grand-père » et des taxis. Piqué au vif mais partageant sans doute cette opinion, notre ingénieur conçoit un plan…

Cachez ce V8 que je ne saurais voir...

Après ses heures au service Essais et Développement, Wax reste la nuit plusieurs semaines de suite pour mener à bien son projet secret. Récupérant une épave de coupé 250 SE pour y implanter le V8 de la grande 600, il finance son « opération 6.3 » en utilisant la ligne budgétaire des transformations de véhicules pour VIP… au nez et à la barbe du responsable des Relations Presse ! Un soir, son directeur, Rudolph Uhlenhaut – célèbre « père » de la 300 SL de 1952 -, entend passer une curieuse auto sous les fenêtres de son bureau d’Untertürckheim. C’est le bruit du moteur qui attire son attention. Une fois affranchi, il ramène le coupé chez lui. Le lendemain, enchanté, il donne son blanc seing pour finaliser le projet. Le directoire finit par dire oui à son tour malgré la désapprobation du directeur commercial Allemagne qui craint que de telles performances dans une berline Mercedes ne choquent la clientèle… Mais, outre la possibilité d’attirer de jeunes cadres fortunés, cette 300 SEL de pointe va permettre d’amortir la ligne de production du V8 M100 de la grande 600 qui ne se vend qu’au compte-goutte depuis 1963… Le premier exemplaire tombe des chaînes de Sindelfingen fin 1967. Trois mois plus tard, la 6.3 fait sensation au Salon de Genève. Daimler-Benz n’a fait aucune annonce. Les sages et élégantes lignes de la série W108/109 dues à Paul Bracq cachent maintenant le plus gros moteur de la production européenne et les performances affichées font fantasmer.

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